Confinement, et après ?

Bon, on ne peut pas dire que le titre de ce nouveau billet soit particulièrement inspiré !

J'avoue être un peu à plat depuis quelques jours. Ce n'est que maintenant, alors que la 3ième semaine de confinement s'achève, que j'ai l'impression de prendre enfin conscience de ce qui se passe.

Evidemment - je ne vis pas dans une grotte - j'ai bien percuté que l'annulation de tous les marchés et événements auquels je devais participer depuis mi-mars, ce n'était pas pour rien, mais j'étais alors encore embarquée dans la folle aventure du crowdfunding qui avait débuté le 29 février.

 

Et entre cette campagne à faire vivre et l'organisation familiale soudainement chamboulée, il y a eu le parcours du combattant des démarches à entreprendre pour s'assurer - peut-être - un revenu. Autant dire que je ne m'étais pas posée réellement pour réfléchir très loin.

 

D'abord, contre toute attente, le financement participatif a été une réussité : l'objectif a même été dépassé !

Sincèrement, au 13 mars, je me suis posée la question : est-ce que je continue à m'agiter ? Est-ce que tout ça n'est pas un peu futile face à la crise qui ne faisait que débuter, mais que nous savions déjà sévère ? J'ai eu de nombreux encouragements qui me confortaient dans l'idée que mes valeurs sont justement une des solutions. Parce que Super Bon, c'est le désir de s'ancrer dans une économie réelle, locale, résiliente. Respectueuse de la terre et des hommes. C'est donc reboostée, et par respect pour toutes les personnes qui avaient déjà investi du temps et de l'argent, que j'ai continué jusqu'au bout. J'en profite pour vous remercier encore une fois : partages, likes, commentaires, messages, contributions financières, tous ces gestes ont eu un réel impact sur la visibilité de ce challenge ! C'est une sensation assez incroyable de se sentir ainsi soutenue par des proches, des moins proches, des inconnus. Je vous promets d'utiliser chaque euro de manière réfléchie. Le fameux robot à la base de la collecte sera commandé dès que les magasins réouvriront leurs portes ...

 Pourtant, au lendemain de la fin du crowdfunding, j'étais comme groggy. L'atelier est bel et bien à l'arrêt. 

Dès le 15 mars, j'ai décidé de ne plus produire tant que la sécurité ne peut être assurée à 100%  : avec une partie de la famille enrhumée à la maison - et moi-même traînant un mal de gorge et un mal de tête (qui sont toujours bien présents d'ailleurs), j'estime qu'il est de mon devoir et de ma responsabilité de ne prendre aucun risque, de ne pas faire partie de la chaîne de transmission éventuelle. Les magasins habituels ne sont donc pas fournis, l'e-shop est en pause. Pour ce dernier, de toute façon, les délais de la poste sont devenus tellement incertains que je ne pourrais plus garantir la fraîcheur...

Et c'est donc depuis quelques jours que l'angoisse s'est installée : d'abord, pas de vente, pas de revenu. 

Et puis, mes clients habituels ne vont-ils pas m'oublier ? Comment ne pas perdre ma visibilité, si durement acquise ? Va-t-il être possible de péréniser mon entreprise ? 

 

Je vais devoir sacrément travailler sur le fameux "lâcher-prise", parce que même, si je peux mettre ce temps à profit pour travailler sur "l'après", on ne sait ni quand, ni comment, ni de quoi il sera fait.

Je lis sur les réseaux sociaux que les entrepreneurs vont devoir se réinventer. Pour info, on fait ça tous les jours ! Et puis, qu'est-ce que ça veut dire pour un artisan qui vit surtout des rencontres avec le public ? 

 

Bref, le doute et le stress essayent de faire leur nid mais, comme vous j'imagine, je m'adapte chaque jour un peu plus. Je suis consciente d'être privilégiée, car je passe ce temps avec mon homme et mes enfants, dans une maison entourée d'un grand jardin.

 

J'essaye de mettre peu à peu un rythme pour jongler avec l'essentiel : travail, ménage, supervision du travail scolaire. Pour tout ça, un seul mot d'ordre : bienveillance ! Et ce n'est pas si facile : les réseaux sociaux nous bombardent de recettes maison, de nettoyage de printemps, de potager en carré, d'activités bricolages avec les kids, de découvertes culturelles, de multiples cours et formation en ligne ...

Je ne sais pas vous, mais moi, j'ai failli tomber dans le panneau de la culpabilité ! Heureusement, je constate que notre famille garde finalement le cap : on cuisine parce qu'on aime ça (même si c'est vrai qu'avec un peu de temps libre en plus, on en profite pour tester les recettes qui attendent depuis longtemps). Je continue de méditer, mais de manière plus régulière. On fait toujours des jeux de société, mais on ne loupe pas la redif'de "Friends" le soir. Les enfants passent plus de temps que d'ordinaire sur les écrans, mais c'est aussi à l'occasion de moments partagés : découverte de "Stip Tease", battle de danses à la Wii...

Je n'ai écouté qu'un seul opéra sur Arte mais j'ai découvert la très belle série "Unorthodox" sur Netflix, qui m'a donné envie de lire le livre (ouf, la biblio communale propose aussi un take-way). Je monte plus souvent sur mon vélo d'appartement parce que je suis mal à l'aise de sortir et de croiser du monde - ou alors je pars me balader à 7h du matin. Je liste le travail administratif que je pourrai effectuer ces prochaines semaines. Je tente de combattre ma manie des post-it. Et puis, je continue envers et contre tout à remplir mon carnet de kifs chaque soir, en vrai ou mentalement, comme je le fais depuis plusieurs années. 

 

Il n'y a pas de recette miracle à ce qu'on est tous en train de vivre, de manière collective mais aussi individuelle. Familiale, personnelle et professionnelle. Personne n'a le droit de juger la manière dont chacun essaie de mener sa barque dans les eaux troubles du moment. Á chacun de trouver son équilibre pour que, "après", on n'oublie plus les priorités.  

 

J'espère enfin de tout coeur qu'en cette période chahutée, vous avez l'occasion de prendre au moins un peu soin de vous. N'hésitez pas à donner ici en commentaire vos kifs du moment, vos astuces pour garder la pêche, histoire de (re)donner un peu d'énergie à toute la communauté de Super Bon !

 

Hâte de vous retrouver !

 

Stéphanie

 

 

(pssst, on peut aussi rester en contact sur Facebook et Instagram)

Commentaires: 2
  • #2

    Ingrid (lundi, 06 avril 2020 09:12)

    Alors moi, je ne culpabilise pas… J'ai stressé grave au début (vivement les réseaux sociaux anxiogène) et j'ai décidé de déconnecter le plus possible. J'ai appris à aimer faire du pain, j'ai pris le temps de mettre mes petites graines dans des pots, juste pour le plaisir (d'habitude c'est chéri qui s'y colle ;) et pour la suite, j'avoue, je suis dans la team "devoir se réinventer". J'avais un super projet qui devait voir le jour et ce ne sera pas pour demain car il parlait de présentiel donc oui, je vais devoir être créative car je ne veux pas lâcher l'affaire (mais le temps de digérer, j'y prend aussi du plaisir)

  • #1

    Sabrina (samedi, 04 avril 2020 14:01)

    Merci pour cet article qui m’aide à « déculpabiliser » de prendre aussi le temps de ne rien faire, vivre simplement. (Re)manger sainement, prendre le temps de cuisiner des bons légumes de saison, « papo-danser » en vidéo live avec mes amies d’enfance, faire une petite séance de yoga, marcher dans le quartier, papoter au parlophone avec ma voisine,...Que des kifs ! Et Vivement de (re)savourer tes petites boulettes ! Love...